On me demande souvent : « Où naissent vos histoires ? »
La vérité, c’est que je n’ai pas de lieu secret, mais une
géographie bien à moi.
Pour moi, un carnet ou une photo ne sont pas de simples
actes de mémoire. Dans les jours de « grands travaux », je deviens
voyageuse entre deux territoires.
Le grenier d’abord. C’est le royaume de l’artisanat
brut. Là-haut, c’est le règne du papier, des cahiers de brouillon, des ratures
frénétiques et des relectures chuchotées. C’est l’endroit où le premier jet
prend vie dans toute sa liberté. Parfois imparfait, mais toujours vivant.
Le bureau ensuite. C’est l’atelier
polisseur. J’y descends pour mettre de la clarté dans mes lignes raturées, pour
écouter la musicalité du texte à voix haute et ajuster les moindres détails.
Et puis, il y a la vie qui s’intercale : un quai de
gare, une salle d’attente, une table de brasserie en attendant une amie… Dans
ces parenthèses suspendues mon Bic bleu s’impatiente et croque tout ce qu’il
trouve sur n’importe quel bout de papier.
Et vous, quels sont les lieux imprévus qui réveillent
votre imagination ?
