Lors de mes salons du livre, il y
a un moment bien particulier que j’affectionne tout particulièrement. C’est cet
instant suspendu où le visiteur s’arrête devant la table, les yeux naviguant d’un
livre à l’autre. Avant même qu’un résumé ne soit lu ou qu’un mot ne soit
échangé, une connexion silencieuse s’établit. Bien souvent, j’aime poser cette
simple question : « Laquelle de ces couvertures fait pétiller
votre curiosité ? »
Les réponses et les réactions
révèlent une merveilleuse différence entre l’émerveillement spontané de l’enfance
et la quête contemplative des adultes.

L’émotion
brute chez l’enfant : le coup de cœur immédiat
Le cœur des enfants chavire presque
instantanément pour Appelez-moi Igor. Ce sont les deux figures complices
de l’ours et du chien qui les émeuves au premier coup d’œil . La chaleur des
couleurs et la promesse visuelle éveille en eux, avant même la première ligne
lue, l’envie irrésistible de se plonger dans l’histoire et d’emporter le livre
avec eux. Pour un enfant, la couverture n’est pas une vitrine : c’est déjà
une porte ouverte vers un ami à adopter.

La
contemplation chez l’adulte : entre mystère et poésie
Les adultes, quant à eux, eux,
hésitent plus volontiers. Leurs yeux vont et viennent souvent partagés entre La
tempérance du héron et Le secret d’Arcadius. Leur cœur balance entre
deux univers très différents : d’un côté le mystère captivant que dégage
Arcadius, de l’autre, la poésie de la Tempérance guidés par la douceur et la
transparence du vert.
Chez l’adulte, la couverture
réveille des souvenirs enfouis, une quête du calme ou un désir d’évasion. Elle
devient le miroir de son état d’esprit du moment.
Les coulisses :
traduire un voyage intérieur en images
Pour moi, le choix de ces visuels
n’a jamais été une question de tendance ou de marketing. Si j’ai choisi d’offrir
ces illustrations à mes histoires, c’est parce qu’ils ont résonné en moi dès le
premier regard.
Donner vie à un livre, c’est
faire confiance à une illustratrice pour traduire en couleurs et en formes ce
qui n’existait que sous forme de mots. Elles ont su capturer le voyage
intérieur qui attend chaque lecteur dès qu’il tourne la première page. La
couverture devient ainsi la toute première promesse de cette rencontre entre
mon univers et le vôtre.
Une couverture réussie ne cherche
pas à plaire à tout le monde, mais fait signe à la bonne personne au bon
moment. Elle est le premier chapitre silencieux d’un livre.
Et vous, quand vous flâner en
librairie ou au détour d’un salon, qu’est-ce qui captive en premier votre
regard ? Êtes-vous plutôt attiré par la chaleur d’une complicité, la
poésie d’un détail ou le mystère d’un secret à découvrir ?